des crêtes ardennaises à la Cordillère des Andes

Accueil - Qui suis-je ? - Album photos - Archives - Amis

10. Bye bye Bolivia

Publié le 19/05/2007 à 05:25 - Ajouter un commentaire

 

Après nos 10 jours de repos en ville, le départ vers le lac titicaca démarre sur les chapeaux de roues pour les gambettes. Il faut sortir du trou La Paz en se tapant 600 mètres de dénivellé pour arriver au dessus de la ville, à El Alto, véritable ville dans la ville où les odeurs et les bruits des quartiers plus pauvres se font plus forts...On semble déjà loin du centre touristique et d'affaires de la Paz...

 

La suite du programme est plus reposante puisque nous longeons le fameux lac sacré Titicaca(lac navigeable le plus haut du monde - 3800m), long de 180 kms et large d'une soixantaine de kms en moyenne et divisé en deux parts plus ou moins égales entre le Pérou et la Bolivie. C'est tout simplement magique. La vue de ce lac d'un bleu profond, bordé de roseaux et longeant la Cordillère royale et ses sommets à plus de 6000 mètres nous rappelle encore une fois le bonheur de parcourir ces routes à vélo.

 

L'arrivée à Copacabana est un régal, nous voici à la quintescence du syncrétisme religieux observé jusqu'à présent tout au long de la Bolivie...Devant l'église de la petite ville , les prêtres bénissent 2 fois par jour les voitures fleuries pour l'occasion venues de toute la Bolivie pour être protégées du mauvais sort. Et puis surtout, c'est l'Ascension...Les villages sont en fête, tout le monde est déguisé pour l'occasion, il y a les diables, les clowns, les danses folkloriques et tout l'orchestre qui joue dans son complet bleu. Le soleil brille et la bière coule à flot (les boliviens ne sont pas les derniers à s'en jeter quelques unes derrière la cravatte).

 

 

Car les indiens de Bolivie ne se sont jamais vraiment faits au Christianisme imposé par les conquérants espagnols. Les deux croyances sont par essence contradictoires...Alors que les boliviens adorent le Soleil (Inti), la Lune (Quilla), la Terre (Pachamama), et ce d'autant plus s'ils sont, comme les paysans, soumis aux aléas de la nature (tremblement de terre, innondations,...) ; le Christianisme parle d'un Dieu tout puissant, au-dessus de la nature et de l'homme. Cette contradiction imposée explique que les croyances anciennes aient gardées un impact considérable et que la religion chrétienne pratiquée est un mixte des deux courants. Dans toutes les fêtes chrétiennes, les rituels indigènes ont encore cours et toutes les occasions sont bonnes pour remercier et vénérer la terre mère, la Pachamama. On lui offre de la chicha (boisson à base de maïs), de l'alcool, des cigarettes et bien sûr...de la coca.

 

On ne peut aborder la Bolivie (ni les autres pays d'Amérique Latine) sans parler de la célèbre feuille sacrée de coca, à l'origine de la boisson la plus célèbre au monde et de la drogue cocaïne, vériteble fléau et enjeu financier...Mais avant d'être associée de manière négative, la coca a avant tout été utilisée depuis la nuit des temps à des fins nutritives et religieuses. Avec l'arrivée des conquistadores, la coca a été déclarée "feuille du diable" et interdite .... jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'elle pouvait devenir une source de revenu non négligeable (sa récolte est alors taxée d'un impôt) et qu'elle était nécéssaire pour faire travailler les indiens dans les mines sans nourriture et jusqu'à 12h par jour. Avec la découverte de l'alacaloïde qui est la base de la production de cocaïne, la feuille de coca (dont la consommation n'a rien à voir avec la consommation de cocaïne) deviendra la centre d'enjeux politiques et financiers dont les paysans font largement les frais. En 1985, 27000 mineurs sont licenciés brusquement des mines et se réfugient dans la partie équatorienne de la région de cochabamba. Leur seule survie possible résidaient dans la culture de la feuille de coca. Ils produisaient la pâte de coca qui était ensuite exportée vers la Colombie qui la raffinait en cocaïne pour l'exporter vers les USA (qui concomment, à eux seuls, 50% de la cocaïne mondiale). Une demi tonne de feuilles de coca + quelques hectolitres de kérosène + quelques litres d'acide chlorhydrique + d'autres produits chimiques donne 1kg de cocaïne et multiplie par 90000 la valeur des feuilles ! Dans les années 90, les USA s'attaquent au problème de la drogue en voulant éradiquer toutes les cultures de coca (qu'en est-il des paradis fiscaux, véritables noeuds du problème?). Les gouvernements boliviens veulent développer plus avant d'autres produits "exportants" (café, bananes,...) et faire bonne figure auprès de USA alors que le trafic de drogue représente 650 000 000 de $ par an pour l'économie bolivienne. Toutefois, seule la feuille est tolérée en Bolivie et elle est utilisée pour vaincre le mal d'altitude, la fatigue et la faim. Elle fait partie intégrante de la vie quotidienne, des rites des boliviens et, consommée telle quelle, ne comporte que des effets plutôt bénefiques sur la santé de ceux qui la consomme. Cependant, la pauvreté et les dures conditions de vie sans travail poussent parfois les gens à travailler dans des ateliers clandestins (environ 3000 ateliers caves dans la région de Cochabamba) pour fabriquer la pâte de coca.

 

Ceci nous amène à un véritable problème en Bolivie : l'économie informelle. La Bolivie détient le triste record d’être dans le top 10 des pays des plus pauvres du monde. Bien que ces grands calculs de classements mondiaux nous ont toujours fait sourire pour la relative absurdité du concours – wahou super, cette année mon pays n’est plus le 112 pays le plus pauvre, on a gagné une place! – il reste probablement un indicateur sensible. Nous nous attendions donc à rencontrer la misère de manière frappante, déroutante et à traverser des bidonvilles enfourchés sur nos vélos qui valaient bien 6 mois de salaire boliviens. Cette question de pauvreté nous a turlupiné à plusieurs reprises car elle ne nous a pas explosé dans la figure. La pauvreté ne semble pas être dans l’assiette; les boliviens ne meurent pas de faim. L’agriculture emploie encore 45% de la population active et c’est vrai que le long des routes que nous avons empruntées toutes les familles sont aux champs, les marchés sont nombreux et diversifiés. La pauvreté serait-elle plus pernicieuse?

Il est évident qu’une partie  non négligeable du commerce est informelle. Combien de femmes, d’hommes ou d’enfants ne vendent pas en rue toute une série de produits de grande consommation. Cette économie informelle permet donc de se nourrir dans la plupart des cas, mais qu’en est-il du reste? L’éducation? L’accès au soin de santé? Un minimum de sécurité garantit en cas de problème? Cette notion de pauvreté est donc bien complexe et pas toujours palpable au premier abord.

Lors de nos longues journées à arpenter “el campo” (la campagne), nous avons été frappé par la différence entre les adultes et les enfants. Á plusieurs reprises, le plus jeune de la famille venait à la rescousse des parents pour finaliser une addition. Bien que les plus jeunes semblent avoir reçu un meilleur niveau scolaire que leurs parents et que les écoles sont présentes dans quasiment tous les villages traversés, il n’est pas rare de croiser les marmots en rue en pleine semaine. “Il y a peu de contrôle et les enfants sont parfois appelés pour aller travailler dans les champs avec le reste de la famille” nous a-ton raconté. On imagine que les différences entre les jeunes garçons et les filles à ce niveau sont probablement marquées aussi.

Cependant, on a quand même assisté à deux reprises à des matchs de minifoot feminin!!!...et assidument suivi par les hommes encourageant leurs épouses et amies au bord du terrain!

Dans les campagnes, nous avons été  régulièrement déçu par notre niveau d’espagnol (qui n’est de toute façon pas bien élevé) au vu de la tête de certaines personnes après leur avoir posé une question. Il s’avère que seulement 43% de la population a comme langue maternelle l’espagnol (ça nous a un peu rassuré), la majorité des autres langues étant le Quechua à 36% et l’Aymara à 22%. À ce propos, le Quechua nous a vallu quelques interpellations des villageois quand nous montions notre tente Decathlon… C’est malin!!

 

Demain nous quittons notre deuxième pays pour nous diriger vers le Pérou. Au contraire de l’Argentine où l’accueil, la courtoisie et la chaleur était fortement exprimée, les boliviens sont bien plus réservés et timides, mais  nous garderons un souvenir d’un pays et de gens véritablement autentiques, bons et gentils (c’est un peu les ardennais de l’amérique latine quoi!). Tout au long du chemin, nous nous sommes toujours senti en totale sécurité et respecté par autrui. Il parait que les péruviens le sont beaucoup moins, espérons qu’il nous montre le contraire!!

 


Commentaire sans titre

Publié par Anonymous le 19/05/2007 à 22:29 - Lien

Ouah bande de veinards, vous allez en voir de belles choses encore...
Merci pour votre long récit, votre réflexion sur la pauvreté est pertinente. Et dans ce type d'économie informelle, ce sont sans doute encore les mêmes qui trinquent.
Profitez-en bien, et prenez soin de vous.
On vous lit avec bcp de plaisir.
Bisous bisous
Sidémout

Commentaire sans titre

Publié par Bernard le 20/05/2007 à 07:51 - Lien

Holà vous deux, Ca fait toujours plaisir de lire que tout se passe pour le mieux au pays de la Quinoa. Au fait vous avez déjà gouté de la feuille de Coca? Je supppose que vous n'allez pas louper l'expérience. Ca vous donnera des forces pour le vélo. En tout cas c'est bien sympa c'est commentaire sur votre parcours, très bien écrit et donc passionant à lire, un régal... Les parents sont au Pérou depuis une semaine et donc vous rejoindrons d'ici peu pour féter l'anniversaire de Marie au bord du lac Titicaca... quelle chance de feter son anniversaire face à la cordière des Andes. Ici tout se passe bien, la vie coule... Et comme disais ce bon vieux Manu Thoreau...bonne route ;-)

fôte d'orthographe

Publié par Bernard le 20/05/2007 à 18:06 - Lien

Oups je viens de me relire et de voir toutes mes fautes d'orthographe. C'est honteux :s. La prochaine fois je ferais attention c'est promis d'ici la portez-vous le mieux possible...

les vignes...

Publié par Anonymous le 21/05/2007 à 00:20 - Lien

nous sommes des épampreuses épanouies...
rien à voir avec la coca mais le résultat sera un autre breuvage bien agréable autour d'une tablée conviviale...
bonne route,et plein de tendresse, Mam'

Si proche et pourtant si loin...

Publié par Rolix le 21/05/2007 à 14:22 - Lien

Les Andes, c'est haut, mais à suivre vos récits c'est nous qui avons la tête dans les nuages. Et des étoiles plein les yeux en contemplant les photos. Waouw ! L'aventure continue, bonne route. Le Pérou est à vous les z'amis ! tcholl...

Similitudes

Publié par Anneke le 22/05/2007 à 02:06 - Lien

Je compare votre analyse de la pauvreté en Bolivie à la situation nicaraguayenne et trouve pas mal de points communs...la majorité des gens a un toit, des vêtements comme les miens ici, jouissent d'une certaine souveraineté alimentaire... mais la vente des produits agricoles restants en surplus après la consommation familliale et les petits boulots de l'économie parallèle ne permettent pas d'avoir accès au crédit ni de construire des conditions de vie confortables ou de développer des investissements pour renforcer le long terme.
L'éducation est aussi en progression, mais les études supérieures restent inaccessible (les nicas travaillent qqes années avant de pouvoir se payer des études qu'ils suivront les we...et encore c'est l'apanage d'une minorité).
Par contre pas de foot féminin ici! Grmblblb.
Mais les femmes luttent de plus en plus pour renforcer leur autonomie, avoir accès à un minimum de formation, prendre leur place dans les décisions des communautés et se libérer de l'autorité masculine qui les cloisonne souvent aux tâches ménagères.
Pas de coca non plus, se droguer est d'ailleurs sévèrement puni. Boire du rhum pas du tout.

Quechuaille bien pour vous,
et vous verrez, les péruviens sont sympas!
Biz et bonne route,
Anneke

Coucou les sportifs

Publié par Anonymous le 23/05/2007 à 19:49 - Lien

Vous manquez beaucoup à vos vieux voisins! Vivement le mois d'août... Bravo pour ce que vous vivez...
Chantal et Bernard

Et le vi scarbote ki les parasite ^_^

Bonne route à vous... A+

créativité...

Publié par Anonymous le 26/05/2007 à 13:48 - Lien

coucou les pioux pioux,
je viens d'entendre Albert Jacquart sur France inter.
Pour lui, nous n'écapperons plus à la mondialisation, ses bons( la démocratie) et mauvais effets...
Notre seule façon de résister sera la créativité....
vous n'en manquez pas et nous en donnez une bien belle et passionnante leçon.....
avec tendresse,Mam'

Commentaire sans titre

Publié par za le 28/05/2007 à 12:43 - Lien

ça manque un peu de photos sur ce blog... comment ça se fait???

joyeux anniversaire

Publié par Anonymous le 28/05/2007 à 15:41 - Lien

avec un peu d avance... cool je serai peut-être la première!
En cette belle journée "sans tabac"... qui coïncode avec ton annif, te voilà deux belles raisons de faire la fiesta.
On te souhaite tout le meilleur.
nolle et la petite famille

Mes félicitations

Publié par Judith le 30/05/2007 à 09:19 - Lien

bonjour les cyclistes,
<br>Je suis très impressionnée par votre voyage. Tous ces kms parcourus me donnent le frisson. Les photos sont magnifiques, je les regarde assise à mon bureau et elles donnent vraiment l\'envie d\'y aller.
<br>Bonne route et bon vent !
<br>
<br>Judith la collègue de Marie de retour au bureau.
<br>

ptit clin d'oeil a Marlouz

Publié par bibi le 31/05/2007 à 09:21 - Lien

et grande, t'as vu c'est la journée mondial sans tabac! et vu que tu fait l'impasse depuis plusieurs mois, aujourd'hui je te soutiendrai! merci qu'on dit!
allez bonne route les zamoureuxx!

BON ANNIVERSAIRE

Publié par Bernard le 31/05/2007 à 13:42 - Lien

BON ANNIVERSAIRE Marie !!! J'espère que tu as quand même assez d'air la-haut pour savoir souffler toutes ces bougies sur le bon "torta de cumpleaños" (merci google...)... Enfin ca devrait aller mieux maintenat que tes poumons sont à nouveau propres... Félicitation en tout cas, j'espère que tu tiendras le coup et que votre séjour aux pays Andins continuera aussi bien qu'il a commencé... Grosse bise à vous deux et encore bon anniversaire

Commentaire sans titre

Publié par marraine christine le 31/05/2007 à 13:43 - Lien

bon anniversaire à Marie

de la part de toute la famille Gilson et en particulier
de sa filleule Florence qui lui envoie de gros "kusses"

christine

C'est ton anniversaire!

Publié par CarOlaf le 31/05/2007 à 15:48 - Lien

Hello Marie,

On te souhaite un super bon anniversaire!
Fêtez bien cela entre deux coups de pédales!
Bonne continuation!

CarOlaf

Bon anniversaire

Publié par Anonymous le 31/05/2007 à 22:03 - Lien

On te souhaite un joyeux anniversaire sur les bords d' un lac plus que reconnu. On ne pense pas que tu aies déjà eu un aussi beau paysage en face de toi pour souffler tes bougies. On pense bien à vous en attendant des nouvelles fraiches des parents. Gros bisous Quentin et Candice

« Page précédente :: Page suivante »